En 2025, la France fait face à une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés. Les métiers en tension, caractérisés par un déséquilibre entre l’offre et la demande d’emploi, soulèvent une question cruciale : les jeunes désertent-ils ces professions, ou souffrent-ils simplement d’une méconnaissance de ces opportunités ?
Une méconnaissance des métiers en tension par les jeunes
Plusieurs études indiquent que les jeunes ne sont pas suffisamment informés sur les métiers en tension. Une enquête menée en novembre 2024 par Olecio auprès de 807 jeunes Français âgés de 18 à 30 ans révèle une faible connaissance des métiers disponibles et des représentations très genrées.
Il y a quelques années, l’Onisep annonçait que chaque jeune connaissait en moyenne 7 métiers. Souvent ceux des parents et de l’entourage. Déterminisme social ou atavisme familial ? Rappelons qu’une étude du sociologue Camille Peugnon dans les années 70 à 90 démontrait que “70% des enfants de cadre exercent un emploi d’encadrement quand 70% des enfants d’ouvriers occupent en emploi d’exécution”.
De plus, certains secteurs souffrent d’une image dépassée. Par exemple, l’industrie est souvent perçue comme un domaine ancien, à l’organisation verticale et masculine, aux tâches répétitives et fatigantes, et polluant l’environnement. Cette perception négative éloigne les jeunes, notamment les femmes, de ces métiers .
Une désertion des jeunes face à des conditions de travail peu attractives
La réalité c’est que les jeunes connaissent ces métiers mais qu’ils en ont souvent une piètre image liée à la pénibilité, à la faible reconnaissance sociale et aux salaires bas. Les conditions de travail de certaines activités entraînent une désertion progressive de certains postes et secteurs d’activité, conduisant à une pénurie de main-d’œuvre .
La restauration, par exemple, repousse de plus en plus la nouvelle génération qui y voit une privation de vie sociale. Travail en soirée, les week-ends et jours fériés… pour un salaire souvent proche du SMIC (et des pourboires en baisse). Mauvais plan !
Par ailleurs, les jeunes perçoivent le monde du travail comme exigeant, compétitif et stressant. Une étude de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) révèle que plus de 8 étudiants sur 10 considèrent le monde du travail comme autoritaire, injuste et impitoyable. Ces perceptions négatives peuvent dissuader les jeunes de s’engager dans des métiers en tension.
Métiers les plus en tension en 2025
Selon les données récentes, les métiers suivants sont particulièrement en tension en France :
- Aides à domicile et auxiliaires de vie : Ces professions peinent à recruter en raison de conditions de travail difficiles et de salaires peu attractifs. On estime à +200 000 le nombre de postes vacants à horizon 2030.
- Techniciens de maintenance : Le secteur industriel souffre d’une pénurie de techniciens qualifiés, exacerbée par une image négative de l’industrie (souvent contraire aux convictions écologiques) auprès des jeunes. C’est +60 000 emplois disponibles actuellement selon France Travail.
- Serveur.se et cuisinièr.e : L’hôtellerie-restauration fait face à des difficultés de recrutement, notamment en raison des horaires atypiques et de la pénibilité du travail. Chaque année les professionnels du secteur recherchent +100 000 employés pour faire tourner leurs établissements (65% sont saisonniers).
- Pharmaciens : La profession connaît des tensions liées à une pénurie de diplômés et à une répartition inégale sur le territoire. Malgré l’attractivité du salaire, la dimension entrepreneuriale et le risque associé rebute la nouvelle génération.
Quelles sont les solutions ?
Dans la majeure partie des métiers cités, il est impossible ou peu réaliste d’envisager l’automatisation à l’aide de l’IA ou la robotique. Il est donc nécessaire de trouver des leviers pour encourager les talents à rejoindre ces métiers.
Quand on pose la question “qu’est-ce qui te ferait changer d’avis pour rejoindre un de ce métiers ?”, la réponse en pôle position est LE SALAIRE ! Il sera crucial de récompenser la réelle valeur de certains métiers de première ligne. Après tout, si la demande et l’offre se déséquilibrent, une revalorisation sera incontournable.
Pour autant, cela ne suffit pas.
La revalorisation de l’image des métiers est également un axe à ne pas négliger. Autant un aide à domicile peut être valorisé pour sa contribution noble à la société, autant un technicien de maintenance sera souvent associé à un ouvrier. Pourtant, ce type de métier nécessite des formations techniques et une connaissance de la mécanique et de l’informatique. Socialement, chaque individu a besoin de trouver du sens et d’être fier de son apport à la société.
Enfin, il semble indispensable de repenser les conditions de travail. Face à une génération qui privilégie l’équilibre vie pro/vie perso, les patrons devront accepter de faire des compromis pour stopper la pénurie.
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Estelle est autrice et réalisatrice de documentaires. Son objectif ? Mettre la lumière sur celles et ceux qu’on ne voit pas. Du plus grand monastère bouddhiste pour femmes au Népal à un salon de beauté social pour femmes en grande précarité en passant par les relations amoureuses chez les handicapés mentaux, Estelle nous donne une grande leçon d’humanité.
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Sonia est chercheuse en bio-informatique. Traduisez : elle conçoit des outils et analyses des données pour faciliter et accélérer les travaux des chercheurs. Elle a réalisé une thèse sur les interactions sociales des mandrills, ces singes au visage coloré et a pu tester les critères de séduction auprès des membres d’une tribu au Gabon. Aussi inédit que passionnant, cet épisode s’inscrit dans la lignée des aventures de Claude Levi-Strauss.
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